God help the girl

Stuart Murdoch est un charmant écossais très talentueux quand il est question de composer des chansons et de prendre des photos pour les pochettes d’albums de son groupe « Belle & Sebastian ». Sauf que réaliser une comédie musicale est une toute autre aventure.

Pour bien comprendre le film dont je vous parle aujourd’hui, il faut voir l’envergure du projet dont il est le résultat.

God help the girl, c’est d’abord une liste de chansons écrites par Stuart et qu’il se voyait mal chanter, voire jouées par B&S, excellent groupe de pop écossaise toute douce que je vous conseille vivement. Il s’est alors lancé dans une quête pour la chanteuse idéale, qui s’avérera être Catherine Ireton, une irlandaise à la voix délicate.

Est né de leur collaboration l’album « God help the girl » (quand on a trouvé un nom qui nous plait, autant le mettre partout), album dont le but est de dépeindre la dépression d’Eve, personnage que Stuart imaginait déjà à l’époque. Car, oui, dès le départ, il voyait bien l’album devenir un film.

Les chansons sont superbement interprétées, malheureusement, Catherine ne peut pas jouer Eve dans l’adaptation.

Stuart, en 2011, après avoir travaillé pendant quelques temps sur le script, lance un kickstarter pour financer son film, qui est très vite financé grâce à la communauté de fans de B&S.

Les acteurs choisis suite à une série de castings assez importante sont finalement Emily Browning (Sucker Punch), Olly Alexander (plus connu comme étant le chanteur du groupe Years & Years) et Hannah Murray (Skins). Tous peuvent chanter, tous sont parfaits pour leurs rôles à une exception près: aucun d’eux n’est écossais et l’action du film se déroule à Glasgow! Aucun soucis, Stuart inclue leurs origines dans le script. Il réenregistre aussi les titres de la bande originale avec les voix des acteurs, ce qui donne parfois lieu à trois versions différentes de la même chanson.

Voici ma version de Act of Apostle préférée, celle de Catherine:

Mais, et le film en lui-même, alors?

Eh bien…

Bien sûr, il y a du bon. L’atmosphère rappelle un peu celle de Wes Anderson, les costumes sont superbes et les dialogues poétiques, comme on pouvait l’attendre du leader de B&S.

La musique, parlons-en! C’est le point d’orgue de toute comédie musicale, et elle place la barre très haut Elle est entraînante, les chorégraphies originales et agréables à l’oeil et ne donnent pas l’impression que tous les acteurs et figurants sont danseurs professionnels, ce qui donne le sourire au tas de graisse peu gracieux que je suis.

Pour en revenir à Act of apostle, il s’agit de la chanson qui ouvre le film, et très bien:

Attention, spoiler de niveau 1 (assez inoffensif)

Les plans sont réfléchis voire parfois un peu trop rythmés, gâchant le potentiel comique. Par exemple, au début du film, James et le batteur de son groupe, en désaccord, enlèvent leurs lunettes en un mouvement synchronisé puis se battent de la manière pataude des personnes ne l’ayant jamais fait, ce qui, j’en ai la certitude, devait être drôle, sauf que les plans sont trop rapides et que les actions des personnages ne sont pas assez visibles.

Quand le GIF est plus drôle que la scène en elle même, c’est mauvais signe…

Si on oublie un tant soit peu l’invraisemblance voulue ou pas du scénario, on peut vraiment passer un bon moment lors des moments de grâce qui pullulent un peu partout et qui sont un peu gâchés par le fait qu’ils n’ont pour la plupart aucune signification autre que faire joli, assez décevant pour les fans de symbolisme.

Attention, spoiler de niveau 2 (du lourd)

Le principal reproche que j’ai à faire au film est de tromper sur ses intentions. Oui, c’est mignon. Oui, c’est coloré. Oui, ça tombe parfois dans le gnangnan (notamment l’amourette entre Eve et un chanteur suisse imbu de lui même). Alors pourquoi un message et un sous ton si déprimants? Murdoch veut nous faire aimer ses personnages, puis nous amener à porter un autre regard sur eux. Donc oui, Eve est inconsciente et manipulatrice, James snob et misanthrope et Cassie… on aimerait bien qu’elle soit autre chose qu’une jolie plante verte de bonne famille. Seulement, à qui bon déconstruire l’atmosphère qu’on a mis tant de temps à installer?

Attention, spoiler de niveau 3 (fatal spoil)

Bizarrement, après ce que je viens de vous dire, vous devriez détester James, mais ce pauvre garçon stéréotype de l’amoureux maladroit et cynique est le seul auquel j’ai pu m’identifier. Sérieusement, il héberge Eve, lui fait rencontrer des amis, croit avoir ses chances puis se rend compte qu’elle ne le verra jamais qu’en tant qu’ami, tente de se détacher d’elle pour finalement avoir le coeur brisé. A sa place je crois que je détesterai les gens aussi.

De plus, l’anorexie d’Eve est mise en valeur d’une manière assez voyeuriste. Je n’attendais pas un film sur l’anorexie mais avec une héroïne anorexique, ce qui ne veut pas dire que montrer une furtive image choc de son corps au début du film et le compte récurrent de ses médicaments suffisent, de même qu’il est dangereux de montrer les cliniques psychiatriques comme un enfer duquel elle doit à tout prix s’extraire pour aller mieux.

Pour résumer, ce film possède le défaut de ces films indépendants voulant être à tout prix lyriques: la « coquille creuse ». Il est appréciable à condition de ne pas vouloir la creuser plus que cela, ce qui est vraiment dommage car la musique liant le tout est excellente.

Allez, je vous laisse avec ma chanson spéciale bonne humeur, « I’m a cuckoo » de B&S

Georgette

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